NOUVEL ALBUM //BOO BOO'S BIRTHDAY

Date de SORTIE 27 OCTOBRE 2017

C’est dans l’urgence que le barytoniste Xavier Richardeau excelle. Lorsqu’il faut agir et le faire juste. Toujours présents, il y a les souvenirs de ses années new-yorkaises qui le transposent auprès du pianiste Barry Harris – avec qui il étudia –, et irrémédiablement ricochent jusqu’à la source : Monk.

Se cristallise alors l’envie d’une session spontanée, avec ses proches, eux aussi, tous bercés par la musique du maître, son originalité inépuisable et sa force. Pure tradition du jazz, les compositions de Thelonious Monk parlent d’elles-mêmes. Elles sont connues et reconnues de tous, font parties de nos points de repères de musiciens ou de mélomanes. L’exercice consiste à ne pas les dénaturer ; à leurs offrir une lecture à la fois juste et fidèle, qui exprimerait sa propre singularité dans son infaillible dévotion.

Rond et précis, le timbre sonore du saxophone baryton projette un souffle nouveau sur la connaissance que nous pouvons avoir des thèmes de Monk. Les chorus sont personnels dans l’utilisation de l’espace et du temps : sans artifices ni longueurs. Straight Ahead, Xavier dévoile sa solidité de leader, son talent de mélodiste, la signature d’un jeu sensible et riche.

Pilier central, trônant, le pianiste Laurent Courtalliac est à la place exacte où il brille. Qui mieux que lui, travailleur acharné, défenseur des traditions, garde des sceaux de l’harmonie, pouvait mieux interpréter ce répertoire, maitrisé sur le bout des doigts ?

L’enchainement des morceaux nous donne à entendre des standards majeurs, mais aussi d’autres pièces plus rarement jouées, telles que l’hypnotisant Played Twice (sur 5 by Monk by 5), ou bien encore Boo Boo Birthday (composé par Monk pour l’anniversaire de sa fille Barbara sur l’un de ses derniers albums : Underground).

L’assise rythmique tenue par Romain Sarron et Thomas Bramerie regorge de précision et de confort, de force et de sérénité. L’ensemble sonne roots. Be-Bop is not dead.

La présence de titres chantés n’est aucunement anecdotique ; rares sont ceux qui s’engagent dans cette voie avec Monk. Complexité des phrases mélodiques, des nuances et des respirations, rien ne semble détourner Véronique Hermann Sambin de la justesse de ses intentions. Une pensée qui chante ; une pensée sonore, tinte l’enregistrement et le marque. Encore peu connue dans ce style purement jazz, sa délicate version de Round about midnight, nous rappelle qu’il existe un deuxième texte, l’originel oublié, écrit par Bads Gonzales et enregistré par Betty Carter en 1962. Travail exemplaire d’interprétation, de diction, la version de Ruby My Dear transcende d’autant de raffinement.

Paradoxalement, ce rappel opiniâtre à la tradition, aux fondamentaux du jazz, exprime l’exil et le renouveau. Transition : la session marque un point d’orgue dans la vie musicale de Xavier Richardeau, une étape charnière, clef de voute sur laquelle se pose l’avant et le futur. La boucle est fermée. Cent ans exactement après la naissance du compositeur new-yorkais, les deux histoires s’imbriquent dans une même foi.

Toujours à l’écoute de ses maîtres à penser,  le saxophoniste  de Charentes-Maritime  prend  ici  un envol personnel. Des axes directs et francs, justes et audacieux émanent de cet enregistrement, garant d’un savoir qui  swing  et  s’accorde mélodieusement au présent.

Loïs Oignar

MUSICIENS

Xavier Richardeau (Sax Baryton, Tenor et Clarinette) // Laurent Courthaliac (Piano) // Thomas Bramerie (Contrebasse) // Romain Sarron (Batterie) // Véronique Hermann
Sambin 
(Voix : 3, 5, 8, 9)

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