NOUVEL ALBUM // MAGIC MALIK JAZZ ASSOCIATION

Date de sortie 24 MAI 2019

Wayne Shorter, Sonny Rollins, Clifford Brown… Pour la toute première fois, l’inclassable flûtiste s’attelle au répertoire du jazz moderne. À la tête d’une Jazz Association qui compte le trompettiste Olivier Laisney et le pianiste Maxime Sanchez (récent finaliste de la Monk Competition) dans ses rangs, Magic Malik joue cette musique qui l’a nourri, sans nostalgie et sans redite, avec son humour, sa fantaisie rigoureuse et le souvenir d’Eric Dolphy et Booker Little dans un coin de la tête.

Magic Malik qui joue les standards ? Et pourquoi pas ? Pour la toute première fois dans un parcours dense et éclectique qui va du M-Base à l’afrobeat en passant par les musiques de l’Afrique de l’Ouest, le reggae ou les arcanes de l’Ircam, l’inclassable Magic Malik s’attelle au répertoire du jazz moderne et met ses pas dans ceux des géants : Clifford Brown, Sonny Rollins, Miles Davis, Thelonious Monk, Wayne Shorter… figures totémiques, certes, mais de ces totems que l’on ne craint pas d’agiter, qui sont aussi bien fétiches sacrés qu’objets transitionnels, avec lequel on s’effraie comme l’on se réconforte. Le jazz : des héros, en pagaille, qui sont aussi des hommes. Des bâtisseurs aux cathédrales invisibles. Des génies qu’on a pris pour des amuseurs. Des déracinés ancrés dans une culture forgée dans l’adversité, bricolée, recyclée, transmutée.

Magic Malik a-t-il jamais fait autre chose, à son échelle, à sa (dé)mesure, lui qui a traversé le champ de ces musiques dites actuelles dans tous les sens, apportant des moments de folie à des musiques qui couraient bien souvent le risque d’être trop linéaires. Formé à la rigueur classique, le flûtiste a tiré, depuis un quart de siècle, une multitude de fils, précis, tenaces, érudits, reliant les traditions caraïbes aux concepts compositionnels mathématiques, confrontant les logiques de l’harmonie occidentale à la pulse des sonorités urbaines, brassant chansons populaires et abstraction musicale, transformant les beats en figures géométriques à la beauté énigmatique, habile dans sa manière d’user des polymétries pour provoquer des vertiges rythmiques troublants.

Magic Malik, donc, ce brasseur défricheur, ce nomade insituable, ce saltimbanque scientifique, en revient aux fondamentaux du jazz. Faire vivre, faire respirer, chanter (ce dont il ne se prive pas, y compris à tue-tête), faire danser et vibrer cette musique qui, lorsqu’elle tombe entre les mains de musiciens taxidermistes, sonne parfois comme une pâle reconstitution. Pas ce risque, avec lui. Il ne s’agit pas pour autant de lui appliquer un quelconque prisme théorique qui en changerait l’abord, mais bien de la jouer, pleinement, au sens le plus littéral qui soit, telles qu’elle s’offre : comme standard. Dans une forme de simplicité, de naturel, de mise à nu, et cette immédiateté jubilatoire de la musique qui s’édifie dans l’instant.

Comptant dans ses rangs certaines des plus fines gâchettes du jazz français, sa Jazz Association est un quintet somme toute classique dans son instrumentation, qui permet à Malik de reprendre ce répertoire « en l’état », à la manière de ces petites formations qui ont marqué un certain âge d’or du jazz, des décennies 1950 et 1960, comme l’éphémère association d’Eric Dolphy et Booker Little, à laquelle on ne peut s’empêcher de penser en écoutant la flûte de Malik à l’unisson avec la trompette d’Olivier Laisney.

Né en 1982 à Saint-Lô, ce dernier s’est affirmé comme l’un des plus subtils représentants de son instrument, articulant un culture du jazz marquée par l’influence de Woody Shaw et des grands trompettistes du hard bop, comme il l’a pu le manifester au sein du Gil Evans Paris Workshop dirigé par Laurent Cugny, avec des conceptions résolument contemporaines qu’il explore à la tête de son projet Slugged, ainsi qu’au sein de différents groupes de la nébuleuse du collectif Onze heures onze. L’intelligence de son phrasé et la précision de son articulation combinés à la manière dont il réagrège les éléments de la grammaire du jazz en font un soliste particulièrement inspiré dans ce contexte.

On pourrait en dire de même de Maxime Sanchez (né en 1987), finaliste en 2018 du Concours international Thelonious-Monk devant un jury présidé par Herbie Hancock, et que l’on a souvent vu en cheville avec son frère Adrien, saxophoniste (Flash Pig), qui s’impose comme l’un des brillants pianistes français actuels, réactivant la tradition du jazz sans déférence, développant dans ses solos, surprenants et virtuoses, un propos d’une exigence remarquable, qui ne s’autorise aucun effet facile. Côté rythmique, Damien Varaillon, passé comme Laisney et Sanchez par la classe de jazz du CNSDMP, compte parmi les contrebassistes qui comptent désormais dans les clubs parisiens. Né en 1979 à Milan, Stefano Lucchini a commencé sa carrière sur la scène bordelaise et s’est fait connaître notamment aux côtés du saxophoniste Fred Borey ; il révèle un art du drumming qui est à la fois dynamique et fécond.

Quant à Magic Malik, il joue cette musique qui l’a nourri comme bon lui semble, il la reprend à sa façon, sans nostalgie et sans redite, avec son humour, sa fantaisie rigoureuse, sa capacité à l’embarquer vers des rivages lointains. Épaulé par cette Association qu’il a constituée autour de lui, il nous rappelle surtout que, tant qu’il se trouvera des esprits libres pour en perpétuer l’âme, le jazz n’aura jamais d’autre âge que celui de ceux qui le jouent.

MUSICIENS

 Magic Malik, flûte, voix  //  Olivier Laisney, trompette  // Maxime Sanchez, piano // Damien Varaillon, contrebasse  // Stefano Lucchini, batterie 

Concerts à venir

17 Jul 2019 Magic Malik JAZZ ASSOCIATION // Festival Radio France-Montpellier

Concerts passés

11 Jun 2019 Magic Malik JAZZ ASSOCIATION Paris Studio de l' Ermitage Studio de l' Ermitage
31 May 2019 Magic Malik JAZZ ASSOCIATION Coutances Jazz sous les pommiers Jazz sous les pommiers